Et on reparle encore de l’abattement fiscal de 10% des retraités
On parle tellement de ces 10% qu’il n’est pas inutile de rappeler qu’il en existe deux, un pour les retraités et un pour les salariés. Apparemment semblables, ils sont en réalité différents.
Celui des retraités a été créé par Raymond Barre en 1978 pour atténuer la baisse de ressources des actifs devenus retraités : retraite inférieure au salaire de 30 à 50%, disparition de la participation et de l’intéressement ainsi que des avantages dont bénéficient les actifs comme participation aux repas, aux transports, à la prise en charge de 50% de la complémentaire santé…
Il représente un avantage maximum de 4 439 € pour un foyer fiscal et n’a jamais été présenté comme une compensation de frais professionnels.
Celui des salariés est présenté comme une compensation de frais professionnels alors que ces frais sont essentiellement remboursés par l’employeur. Son montant maximum est de 14 555 € par membre du foyer fiscal, soit 29 110 € pour un couple de salariés.
Tout le monde comprend, les retraités aussi, la difficulté devant laquelle se trouve le gouvernement pour préparer le budget du pays, mais ils ne comprennent pas l’acharnement sélectif dont ils se sentent victimes.
Pourquoi ne viser que leur abattement fiscal de 10% ? Pourquoi vouloir poursuivre la sous-indexation des pensions qui leur a déjà fait perdre entre 5 et plus de 10 % de leur pouvoir d’achat selon qu’ils sont partis en retraite depuis 10 à 20 ans ? Pourquoi continuer de prétendre que leur niveau de vie est supérieur à celui des actifs alors qu’il est inférieur de 10 à 15% ? En réalité, leur niveau de vie tangente celui de l’ensemble de la population à condition d’ajouter à leurs ressources un loyer fictif qu’ils ne paient pas car ils sont majoritairement propriétaires de leur résidence principale.
Notre pays mérite mieux que ces petites querelles qui alimentent un fâcheux clivage entre les générations.
Il est vrai que les retraites, avec la santé, sont l’un des deux principaux éléments des prélèvements obligatoires, impôts, taxes et cotisations. Mais les mesures envisagées ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ceux-ci demandent une vraie réforme du système des retraites et malgré plusieurs tentatives, celle-ci est toujours attendue. La dernière en date, celle de Mme Borne en 2023, pourtant modeste et malgré son vote par le Parlement et sa promulgation par le Président, elle a vu son application être suspendue.
Nous continuons d’espérer que le jour viendra où une vraie réforme des retraites simplifiera le maquis de 42 régimes spéciaux actuels, bâtira un régime applicable à tous et assurera la pérennité du financement.
Christian BOURREAU Président de l'Union Française des Retraités Ufr-Rg
Article à paraitre paru dans le prochain Courrier des Retraités et publié sur LinkedIn
